La guerre en Irak et l’intervention canadienne : il faut s’y opposer

24 octobre 2014 | Posté dans Iraq, Quebec, Tadamon!, Solidarité
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    déclaration par Tadamon! Montréal – octobre 2014 (photo Noah Addis)

Nous rejetons la décision du gouvernement du Canada de rejoindre la campagne de bombardement mené par les États-Unis visant l’État islamique en Irak. Il ne fait aucun doute que ces actes de violence auront des conséquences dévastatrices pour la population vivant dans cette région et qu’ils ne serviront qu’à de nouveaux conflits et à plus de souffrance.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement conservateur a passé une motion au Parlement dans le but de partir en guerre sans même un semblant de processus démocratique. Cette décision autorise l’armée canadienne à mener des frappes aériennes pour une période pouvant atteindre six mois et inclut le déploiement de six avions de chasse CF-18, un avion de ravitaillement, deux avions de surveillance, un avion de transport et environ 600 militaires. Le Canada rejoint donc les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Australie et environ une douzaine d’états — dont les régimes autoritaires d’Arabie Saoudite et d’autres régions du Golfe persique/arabe — dans ce que le président états-unien Barak Obama a déclaré comme étant un « projet à long terme ».

L’appel cynique du gouvernement Harper demandant à la population canadienne de « faire [leur] part » reflète une approche interventionniste et coloniale en matière de politiques étrangères canadiennes en ce qu’elle tient pour acquis que le Canada et les autres puissances occidentales ont nécessairement un rôle à jouer ou alors devrait avoir un rôle. À l’instar de la « guerre contre la terreur », les justifications publiques de cette intervention sont confinées à un discours civilisationnel raciste et un héroïsme occidental tout en ignorant la nature impérialiste de cette forme militaire et racialisée de maintien de l’ordre mondial.

Les arguments soutenant la participation canadienne au bombardement en Irak sont tous imparfaits et dangereux. Ceux-ci sont ahistoriques, en décontextualisant l’émergence de l’État islamique, et servent à blâmer une « idéologie » ou une « culture » tout en occultant les actions d’acteurs extérieurs.

En dépit de la très forte tendance des médias d’accuser l’idéologie salafiste de l’ÉI (ou l’ensemble de la foi islamique) pour cette guerre, une analyse de l’histoire de l’Irak met en évidence le rôle joué par les puissances impériales occidentales dans le context ayant conduit à la naissance de l’EIIS. Durant la première moitié du vingtième siècle, l’Irak a passé des décennies sous un mandat britannique et plus tard un « protectorat », exclu du « Moyen-Orient » durant des négociations territoriales entre les puissances européennes sans considération pour la politique et les affiliations locales. Ainsi, cette histoire impériale a produit divisions et périodes d’instabilité, dont la cause sont des frontières coloniales et arbitraires, qui jusqu’à aujourd’hui continuent d’influencer les stratégies politiques et les actions soutenant et justifiant les conflits en Irak.

Au cours des trois dernières décennies, les États-Unis et les pays occidentaux ont participé de manière soutenue aux violences politique, économique et militariste visant le peuple irakien. Durant la Guerre du Golfe, les États-Unis ont largué cent quarante milles tonnes de munitions sur l’Irak, conduisant à des sanctions économiques contre le pays dans les années 90 qui, selon les Nations Unies, a causé la mort de plus de 500 000 enfants. Plus récemment, les États-Unis ont mené une série de pays à la guerre en 2003 dans laquelle plus de 100 000 IrakienNEs, principalement des civils, sont mortEs. Cette histoire de la violence américaine contre le peuple irakien est directement liée à l’émergence de l’EI. Fallujah, la première ville à être tombée sous le contrôle de l’ÉI, a été dévastée par l’empoissonnement causé par la radiation de l’uranium appauvri contenu dans les munitions américaines. Ceci a conduit à une hausse du taux de personnes atteintes d’un cancer, de malformations congénitales, de mutations génétiques et du nombre de personnes ayant des incapacités physiques vivant à Fallujah.

Malgré le consensus médiatique tant au Canada qu’aux États-Unis sur le fait que la guerre d’Irak de 2013 était une catastrophe politique et humanitaire, il y a très peu d’opposition médiatique ou même un débat entourant cette nouvelle guerre. Au lieu de cela, les médias propagent sans aucune retenu ou esprit critique les mêmes arguments islamophobes et alarmistes utilisés par le passé pour défendre les récentes guerres impériales au Moyen-Orient, tout comme la guerre dévastatrice en Afghanistan.

Une des raisons derrière l’attitude biaisée des médias et des politicienNEs à l’égard de cette nouvelle guerre en Irak est qu’elle est aérienne. Ce facteur tend à être moins perturbante pour la presse canadienne et américaine qu’une intervention terrestre qui se résulterait en la mort de « nos » soldats — nonobstant le fait que pour la population qui vit sous des bombes, les deux types d’intervention sont tout aussi fatales l’une que l’autre. De surcroît, la réponse parfois raciste, réactionnaire et réductionniste du public face à la brutalité de l’ÉI sert à déshumaniser le peuple irakien et à justifier la guerre au sein des élites politiques canadiennes.

Finalement, les conséquences de l’intervention canadienne ont été ignorées (intentionnellement ou non). Celles-ci incluent :

* La possibilité d’un élargissement la zone de bombardement à l’extérieur de l’Irak vers la Syrie.

* Le fait que la population civile sera la plus touchée par cette campagne de bombardement

* La réalité que cette utilisation de la force va simplement servir à renforcer les propensions au sectarisme, favorisant donc l’enracinement des conditions qui ont facilité le recrutement de l’État islamique.

* Une plus grande destruction des infrastructures sociales et publiques en Irak déjà affaiblies par deux décennies de guerre et de sanctions

Tout comme ses alliés, le Canada se présente en héros et protecteur, tout en ignorant le fait que ce sont ces mêmes pays et institutions internationales qui sont responsables des conditions du la crise actuelle en Syrie et en Irak. De même, les revendications canadiennes de combattre le fondamentalisme religieux/islamique dans la région sont inconséquents alors même que les élites politiques d’Ottawa s’allient avec des régimes qui appuient une interprétation religieuse très conservatrice et rigide, comme l’Arabie Saoudite.

Alors que les avions de combat canadiens bombardent l’Irak, unissons-nous afin de rejeter de s’opposer à cette intervention militaire injuste. À la base de la présente campagne militaire se trouve d’énormes profits pour les fabricants canadiens d’armes ainsi que la poursuite du néocolonialisme à la base des conflits contemporains.

Tadamon! Montréal – octobre 2014

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