Nous rejetons la complicité du Canada avec le gouvernement militaire autoritaire d’Égypte

19 février 2015 | Posté dans Canada, Tadamon!, Égypte, Solidarité
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    Tadamon! Déclaration de Montréal, fév. 2015.

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A protester carrying a banner addressed to Mubarak: “The people want you to fall”. Photo by Hossam el-Hamalawy

Un manifestant portant une bannière adressée à Moubarak : “Les gens veulent vous faire tomber”. Photo par Hossam el-Hamalawy

Le soulèvement populaire égyptien de 2011 en opposition au régime autoritaire de Hosni Moubarak est désormais systématiquement réprimé par le régime militaire d’Abdel Fatah al-Sisi, lequel entretient une complicité ouverte avec les puissances occidentales – incluant le gouvernement canadien.

L’esprit de la fameuse révolution égyptienne – dont les demandes populaires ”de pain, de liberté & de justice sociale” furent scandées par les milliers d’individus défiant les balles des policiers il y a tout juste quatre ans – est assaillie par un État-armée, forgé par le néolibéralisme militarisé.

Cette réalité politique à été remise à l’avant-plan à la fin janvier avec la mort de milliers de manifestants, abattus par la police d’État en plein jour, lors d’une marche commémorative des martyrs des manifestations du 25 janvier ”Jour de révolte” en 2011. Ces rassemblements ont été l’étincelle de la plus ample mobilisation.

Des milliers de prisonnier.ère.s politiques demeurent derrière les barreaux sans avoir été soumisEs à un procès – dont plusieurs en état de santé critique suite à des grèves de la faim – alors que les autorité égyptiennes continuent d’entériner des législations draconiennes qui violent les droits humains fondamentaux. Malgré tout, le gouvernement conservateur canadien fournit un appui politique et économique grandissant envers le régime d’al-Sisi supporté par l’armée.

Cette connivence doit cesser!

En effet, John Baird, le ministre conservateur des Affaires étrangères, a ouvertement louangé les autorités égyptiennes en les qualifiant comme ”progressant vers la démocratie”. Cette choquante affirmation fut déclarée lors d’une visite officielle au Caire seulement quelques mois après qu’al-Sisi, ancien général, aurait supposément récolté plus de 96% du suffrage populaire, un résultat que même des observateurs internationaux officiels des États-Uni et Democracy International – une organisation financée par le gouvernement américain – qualifient de ”très troublant”.

Le Canada soutient fermement al-Sisi malgré un désastre humanitaire grandissant bien documenté par Amnistie Internationale et Human Rights Watch. Lors du dernier mois au Caire, Baird a eu plusieurs entretiens avec le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shukri, articulés autour du thème de l’approfondissement de leur relation économique et du libre-marché, ne faisant que de brèves mentions désinvoltes concernant les dérives quant au respect des droits humains, indiquant clairement qu’il s’agit d’une manoeuvre théâtrale du gouvernement conservateur.

Malgré maintes promesses diplomatiques et moults affirmations
autoglorifiantes dans les médias, Baird a même échoué à exiger la remise en liberté immédiate du journaliste canadien Mohamed Fahmy, désormais libéré, mais tout de même prisonnier du Caire et faisant face à de ridicules réouvertures de procès, soutenus par des ”accusations” d’appui au terrorisme jugées absurdes par une grande majorité de la communauté journalistique internationale.

Mis à part ce cas hautement médiatisé, des centaines de personnes font présentement face à des jugements de peine de mort simplement pour avoir été présentes lors de manifestations, selon Human Rights Watch.

Le Conseil des Droits humains des Nations Unies décrit ainsi la présente situation en Égypte:

”En Égypte, la situation des droits humains se détériore gravement. Les autorités continuent l’entérinement d’une nouvelle loi visant à interdire les manifestations et à embourber leurs opposants politiques dans des procédures légales contraires à tout processus judiciaire légitime. Depuis juillet 2013, au moins 22,000 personnes ont été arrêtées ou on fait face à des accusations criminelles, soutiennent plusieurs figures gouvernementales. Les détenus ont décrit une utilisation grandissante de la torture et des détentions secrètes, ce qui fait écho aux jours les plus sombres de l’ère d’Hosni Moubarak. Dans la nouvelle constitution, le secteur militaire a préservé sa capacité de traîner des civils devant la cour. L’appareil judiciaire hautement teinté politiquement renouvelle de façon répétée les détention pré-procès sans réelle preuve pour soutenir les accusations. Des procès de masse réalisés à la va-vite dépendaient simplement des preuves de la police et ont généré des centaines de condamnation à mort.”

Un récent article du correspondant en Égypte du Guardian, Patrick Kingsley, montre la nature de l’actuel système légal égyptien: ”depuis le renversement de Mohammed Morsi en juillet 2013, ses successeurs à la présidence, Adly Mansour et Abdel Fatah al-Sisi, ont exploité l’absence d’un parlement élu pour annoncer quasi unilatéralement une série de décrets draconiens restreignant sévèrement la liberté d’expression, d’association et de rassemblement.”

Ci-dessous se trouve un sommaire de la répression législative présente actuellement en Égypte, tel que souligné par le Guardian vers la fin 2014. Encore une fois, tout ceci se déroule sous un gouvernement soutenu par l’armée que les conservateurs d’Ottawa n’ont fait qu’appuyer:

Tender law, septembre 2013: Un décret de Mansour permet aux ministres d’accorder des contrats à des compagnies sans processus d’appel d’offre public. Durant les mois suivant ce décret, l’armée s’est vue accordée des contrats de construction d’une valeur d’environ 1 milliard de dollars.

Augmentation des détentions pré-procès, septembre 2013: La limite de détentions pré-procès pour ceux et celles accuséEs de crimes punissables d’emprisonnement à perpétuité a été abolie, permettant techniquement que certainEs détenuEs politiques dissidentEs demeurent emprisonnéEs éternellement.

Interdiction de manifester, novembre 2013: L’interdiction de manifester est devenue l’un des principaux outils de répression de l’État, utilisée pour arrêter des milliers d’individus.

Investment law, avril 2014: Cette loi empêche tout tiers parti de faire appel contre l’octroi de contrats gouvernementaux. ”C’est très dangereux”, a affirmé Ahmed Ezzat. ”Si vous, en tant que citoyen, voyez que les contrats sont corrompus, vous ne pouvez les contester. Cela est en soi la définition de la corruption.”

Elections law, juin 2014: Des experts mettent en garde contre un nouveau système de scrutin qui privilégiera les vieilles élites et inhibera les partis libéraux ayant émergé lors de la révolution. ”La loi électorale est taillée pour limiter l’accès au nouveau parlement exclusivement pour les hommes riches musulmans”, a affirmé Abdulrahman.

University law, juin 2014: Sisi s’est lui-même octroyé le pouvoir d’engager ou de congédier les dirigeants universitaires, lui assurant un contrôle des campus similaire à celui qu’exerçait Moubarak. Ces campus sont le principal appui de la dissidence depuis la chute de Morsi.

Assaut sur le financement étranger, septembre 2014: Demander ou recevoir des fonds étrangers afin de ”s’attaquer à l’intérêt national” est punissable d’emprisonnement à vie. Le gouvernement affirme que ces efforts visent les terroristes. Les groupes de défense des droits, dont le financement dépend principalement de partenaires étrangers, affirment que l’imprécision du libellé se retourne contre eux, les forçant à revoir à la baisse leurs demandes de soutient international.

Élargissement de la juridiction militaire, octobre 2014: L’armée s’est vue octroyée la juridiction de larges pans de l’espace public, incluant les routes, les ponts et les universités. Cette manoeuvre, sensée cibler le terrorisme, rend plus facile pour le gouvernement de convoquer les membres de l’opposition politique dans les courts militaires opaques du pays.

Ultimatum aux groupes de défense des droits, novembre 2014: Les groupes de défense des droits ont été confrontés à une date limite pour signer la législation restrictive de l’ère Moubarak, sans quoi ils font face à la menace d’être dissouts. Les répercussions tardent à se manifester – mais de nombreux groupes ont été suffisamment effrayés pour réduire leurs activités ou encore les arrêter complètement.

Terrorism law, ébauchée en décembre 2014: Si elle est entérinée sans discussion par Sisi, cette loi élargira la définition de terrorisme à toute chose ”s’attaquant à l’unité nationale”; un concept si large qu’il pourrait s’appliquer à toute opposition à son régime. ”C’est à mon avis la plus horrible des nouvelles lois”, affirme Abdulrahman. ”C’est très vague et fait référence à presque n’importe quoi. C’est quasi sans précédent.”

Dans ce contexte, permettons-nous de remettre en question la légitimité de la position du gouvernement conservateur sur l’Égypte; une position cruellement opportuniste de complicité envers les abus des droits humains systémiques et violents perpétrés par le gouvernement militaire, lequel vise désormais à consolider son pouvoir et saccager les libertés gagnées lors du soulèvement populaire de 2011.

Tadamon! Montréal, fév. 2015, Montréal, Québec.

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