Canadiens prisonniers dans Gaza.

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    La Presse: jeudi 13 mars, 2008

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    Photo: Marouane Aboudraz

Quand il a quitté Montréal, en avril 2007, pour aller passer quelque temps chez sa mère, dans la bande de Gaza, Marouane Aboudraz croyait faire un voyage de trois ou quatre mois, question de présenter ses deux derniers-nés à leur grand-mère.

Mais ce voyage s’est transformé en cauchemar. En juin 2007, le mouvement intégriste Hamas a pris le contrôle de ce territoire palestinien dont les frontières ont été hermétiquement scellées par Israël. Et la famille Aboudraz s’est retrouvée coincée en enfer.

Établis à Montréal depuis quatre ans, Marouane Aboudraz et sa femme Bayan, ainsi que leur fille de 5 ans, Reema, sont tous trois immigrants reçus au Canada. Leurs deux plus jeunes enfants, des garçons de 3 ans et 13 mois, sont nés au Canada et détiennent donc la citoyenneté canadienne.

Leurs parents ont contacté à plusieurs reprises le consulat canadien à Tel-Aviv, dans l’espoir que la famille soit autorisée à quitter la bande de Gaza – qui n’a cessé au cours des derniers mois de s’enfoncer dans la violence. En vain.

«J’ai appelé le numéro d’urgence du ministère des Affaires étrangères canadiennes, mais on m’a renvoyé au consulat», a expliqué Marouane Aboudraz hier lors d’une conférence de presse à Montréal.

C’est que ce père de famille de 38 ans, employé de Future Shop, a finalement réussi à prendre la fuite pendant les quelques journées, fin janvier, où des Palestiniens exaspérés avaient fait s’effondrer la barrière qui sépare la bande de Gaza de l’Égypte. Après deux semaines d’errance, il a pu rentrer à Montréal.

Mais ses enfants et sa femme sont restés au village d’Abassan, près de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza.

Gaza s’enfonce

Au cours des dernières semaines, les extrémistes palestiniens ont multiplié leurs tirs de roquettes sur des villes israéliennes, et Israël a répliqué avec une opération militaire particulièrement intense.

«Abassan a été bombardée à deux ou trois reprises, et le village est constamment survolé par des F-16», relate Marouane Aboudraz dont la famille vit dans la peur.

Mais au-delà de la peur, il y a aussi les problèmes d’approvisionnement dus au bouclage des frontières. Même si Israël laisse passer sporadiquement des convois humanitaires – un de ces convois a d’ailleurs pu entrer à Gaza hier – les biens de première nécessité commencent à manquer.

«La bande de Gaza n’a pas connu une telle crise humanitaire depuis 1967», a fait savoir une coalition d’ONG dans un rapport publié la semaine dernière.

Les deux garçons Aboudraz sont asthmatiques. Leur médicament, le Flovent, est devenu introuvable à Gaza, selon leur père. Le plus jeune, Mouraj, devait recevoir un vaccin de routine – mais ce vaccin n’est pas disponible lui non plus. Gaza manque aussi de denrées de base telles que le lait ou le chocolat.

Marouane Aboudraz ne sait plus où donner de la tête pour sortir sa famille de ce territoire palestinien coincé entre des groupes extrémistes de plus en plus violents et les ripostes d’Israël.

Il a contacté le bureau de la députée du Bloc québécois Vivian Barbot. Jointe par La Presse, celle-ci dit avoir reçu l’assurance, de la part du ministère des Affaires étrangères, que les deux garçons recevraient les médicaments dont ils ont besoin, et que la famille devrait pouvoir quitter la bande de Gaza dans les prochains jours.

M. Aboudraz assure que d’autres citoyens canadiens sont prisonniers de Gaza, mais le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu aux appels de La Presse, si bien qu’on ignore la manière dont il compte leur venir en aide.

La conférence de presse d’hier était organisée par Tadamon, un groupe de militants propalestiniens. Mais Marouane Aboudraz n’a que faire de la politique. «Tout ce que je veux, c’est voir mes enfants jouer dans la neige, manger du chocolat et boire du lait», dit-il.

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